Coke et paix

Voici un texte de Danic Champoux, cinéaste québécois, décédé en février dernier des conséquences d’une overdose. Il s’agit d’une lettre adressée à ses "compagnons de meeting". Les 12 étapes s'inspirent, en fait, d'une très profonde démarche spirituelle. Magnifique testament à découvrir et à méditer. Nous le publions ici avec l’autorisation de sa famille.

C’est parmi vous que j’ai entrepris ce que j’appelle un profond changement d’attitude face à la vie. C’est avec vous autres que j’ai cessé de fuir. Ma fuite était devenue plus insupportable encore que la réalité. Atteindre sa limite, c’est ça. Ce qui me soulageait ne me soulageait plus. Vous avez été et êtes toujours mon ultime soulagement.

Ta coupe est en train de se vider, tu vas peut-être un jour pouvoir la remplir de nouveaux principes de vie intérieur…

Je n’aurai jamais assez du temps qu’il me reste à vivre pour vous dire à quel point je vous suis redevable. En revanche, je peux donner un peu de ce que j’ai reçu. Vous m’avez dit : « Heureux les pauvres, Danic, ceux qui ont tout perdus. Ta coupe est en train de se vider, tu vas peut-être un jour pouvoir la remplir de nouveaux principes de vie intérieur… Ton relèvement en dépend. »

Vous m’avez enseigné comment ne plus se battre. À m’abandonner. Vous m’avez montré mes défauts. Avec douceur, vous m’avez emmené à reconnaître mes torts. Vous m’avez écouté et vous m’avez aidé à m’amender. Vous m’avez donné l’espoir. Vous m’avez appris à méditer et à prier. Sur le fond, vous n’aviez rien inventé. Mais sur la forme, vous avez tout fait pour que je puisse m’en sortir. Vous m’avez donné 12 étapes numérotés, une méthodologie spirituelle pour me sortir de l’enfer dans lequel j’étais perdu, par l’application constante de la méthode de 1 à 9, grâce aux 3 dernières. Dorénavant, il y a un sens à ma souffrance, à ma solitude, à mon isolement.

Les 12 étapes, pour parvenir à une sobriété durable sont extrêmement simples. C’est un cheminement de l’intérieur. Mais la route qui y mène est pénible. La consolation? La paix.

Oui, forcément, je parlerai de Dieu. Il se peut que ce mot vous rebute. Mais si à la place de « Dieu », on avait dit « idole », « argent » ou « sexe », ça n’aurait peut-être pas fonctionné… À toi qui fais peut-être ses tout premiers pas dans notre association, à supposer que ta coupe soit encore bien remplie de toi-même, stress pas avec ça. Un simple « aidez-moi » devrait faire l’affaire. Honnêteté, ouverture d’esprit et bonne volonté sont les 3 principes spirituels à la base du succès du programme. Tu verras plus tard quel couleur de bobette tu conçois à ton Dieu.

« NOUS » Premier mot de la 1ère étape.

La première fois que j’ai lu les 12 étapes, j’ai été extrêmement déçu. C’était mon ultime chance. C’était tout ce qui me restait et voilà que je me retrouvais dans une minable secte avec une bande de bozos. Je me suis senti floué et j’ai voulu mourir. Il m’aura fallu quelques rechutes avant de m’abandonner complètement. Ce que je ne souhaite à personne. Je n’avais pas assez d’humilité et il en faut beaucoup pour se rétablir. Je n’avais pas compris que ces 12 suggestions devaient être orienté et vécu et pas seulement que lu et tout juste jugé comme valable. Pour moi ça ressemblait à 12 préceptes débiles écrit ni plus ni moins que pour des débiles par deux vieux arnaqueurs américains. Je n’arrivais pas à vouloir comprendre. J’avais encore trop de power. Certes j’avais un problème avec la coke. Un énorme problème, et ma survie dépendait que je me débarrasse de ce problème. Je cherchais un moyen qui ME permettrait de régler MON problème PAR MOI-MÊME, et je ne pouvais pas concevoir qu’il me fallait vivre avec. Et quelle honte en plus! Mais quand bien même être cocaïnomane aurait été bien perçu, je n’aurais pas été plus avancé. Je savais que je ne pouvais pas diminuer ma consommation. Que j’étais cocaïnomane. Un cocaïnomane n’est pas quelqu’un qui consomme trop de coke, mais qui ne peut arrêter de façon définitive. La coke m’obsédait. Je ne pouvais pas changer ça. Je n’avais pas la solution et il me fallait accepter cette conclusion pour commencer mon cheminement. Pas admettre que j’étais un cocaïnomane. Ça je le savais, mais que j’étais impuissant, dans l’impossibilité de vaincre mon problème. Admettre que j’étais cocaïnomane ne suffisait pas. On peut admettre ça mais se croire capable de régler le problème! Je savais déjà à l’âge de 16 ans que j’étais un toxicomane. J’étais obsédé par la drogue. Je faisais des surdoses et je m’en moquais. Je vivais pour me droguer. C’est tout ce qui comptait pour moi. J’étais un aspirateur. Manger, me laver, aller à l’école me paraissait une perte de temps inouï. À 18 ans j’avais des problèmes avec la justice, la plupart de mes relations étaient violentes, je me retrouvais régulièrement à l’hôpital. On m’a forcé à 2 cures avant l’âge de 20 ans! Ai-je besoin de vous dire en détails à quoi je ressemblais et quel bagage je traînais 24 ans plus tard quand je suis arrivé avec vous? Dans les 2 dernières semaines de ma consommation seulement je suis décédé à 2 reprises. Une fois 9 minutes, l’autre 6. Et qu’est-ce que j’ai aussitôt libéré des soins intensifs les 2 fois? Je me suis précipité chez le dealer… À 44 ans, admettre mon impuissance n’a pas été trop difficile.

N'importe qui, même une moule comprendra que si un cocaïnomane ne prend plus de cocaïne, il n’aura plus de problème de cocaïne, right? Mais le problème ne vient du fait que le cocaïnomane ne sait pas qu’il l’est. Le problème c’est qu’il ne peut pas s’arrêter et qu’il ignore pourquoi. Ce qui nous emmène à la 2ème partie de la 1ère étape « et que nous avions perdu la raison, la maitrise de notre vie. »

J’ai essayé d’arrêter. Souvent. Quel enfer! Les heures s’égrainaient comme des semaines. Je n’arrivais pas à penser à autre chose. C’est l’aspect mentale de la maladie; l’obsession. Je savais que je ne devais pas consommer. N’importe quel imbécile aurait su ça. J’en étais incapable. Je me disais : « Bon, ok… Tu ne peux pas arrêter alors contrôle toi, ça sera plus agréable. Fixe des limites, varie tes substances. » Ça marchait… Quelques heures. J’avais beau être prudent, ça menait nulle part… J’étais désespéré. Je me sentais tellement seul. Je voulais être heureux, mais j’étais dans une profonde détresse. Et puis un jour j’ai prié. Une simple et très brève prière silencieuse, sans mots. J’ai lâché prise complètement. C’est ça au fond l’essentiel du message; arrête de te battre.

J’avais vu des psys, fait des thérapies, pris des médicaments, je m’étais poussé dans les coins les plus reculés de la planète et, rien à faire, mon problème ne faisait qu’empirer au fil des années. Puis jour je me suis avoué vaincu et j’ai consciemment lancé en l’air un vague appel à l’aide…Un genre de demi-prière… À ce moment-là je ne savais pas encore que j’avais prié. Mais si la souffrance n’est pas une prière en soi, je me demande bien ce que c’est. C’est plus tard avec vous autres que j’ai appris qu’en fait, sans trop m’en rendre compte, j’avais beaucoup prié, invoqué, appelé, espéré secrètement…

Je suis rentré dans une salle de réunion peu longtemps après. J’étais enthousiasmé parce que quelque chose en moi me disais que je venais peut-être de trouver la solution. Vous auriez dû me voir la face après la réunion… Je me disais : « Ça ne se peut pas. Après l’enfer que je viens de traverser? Me demander ça? Croire, confier mes shits à un autre être humain (ce que je faisais déjà avec mes psys) et réparer mes torts, à qui cumulait des centaines d’heures de travaux communautaire… » Je me suis senti trahi. J’avais honte de vous et encore plus de moi pour m’être laissé entraîner dans un guet-apens pareil. J’avais trouvé l’association après m’être rappelé combien on insistait sur l’importance de faire du meeting dans une des thérapies que j’avais fait… Puis je trouvais ça scandaleux. En plus, un bonhomme tatoué dans face était passé devant moi avec une poche au milieu du meeting dans laquelle, bande de naïfs, vous mettiez votre l’argent. Je n’en revenais pas. Si je n’avais pas haï la police comme je la haïssais dans ce temps-là, j’aurais couru au poste le plus proche pour leur raconter ça. J’avais trouvé que le partage était épouvantable. La madame était gênée. Elle avait fait de l’acide durant son adolescence et sa faisait 30 ans qu’elle traînait dans des sous-sols d’église. Je me disais : « Criss de folle. À défaut d’être à l’asile, tu aurais au moins pu te faire le cadeau de te pendre dans le bois et de t’offrir aux coyotes. Tu aurais certainement été plus utile… » J’étais de même quand je suis arrivé. Plein de mépris pour tout le monde. Une autre madame assez âgée, tatoué dans le visage elle aussi, avec son gros accent de l’Est, boudiné dans un top en cuirette cheap est allez faire l’accueil du nouveau en avant. Je la regardais, complètement abasourdi. « Les ultimes résidus, consternants, de la chute du féminisme » que je me répétais. Je ne me suis pas levé, c’était hors de question. Mais quelque chose m’avait quand même touché. La bienveillance des gens qui étaient là… Grâce à cette bienveillance là j’ai accepté de vous donner une seconde chance et je suis revenu. Après quelques réunions, je me suis dit bon, à part les bondieuseries et leur look un peu louche, je veux bien essayer. 2-3 faces me revenait plus que les autres. Je ne venais pas à reculons. Au bout d’une semaine je me retrouvais avec une tâche de café et heureusement parce que je ne serais peut-être jamais revenu des rechutes éclairs de mes premiers jours. Cette bienveillance me tirait toujours plus vers ce qui allait devenir mon groupe d’attache. Pour ma part, j’ai vite compris qu’il me fallait venir aux réunions chaque jour. Jusqu’à ce que je perde complètement l’obsession, que j’ai fini, oui, par perdre. Et c’est là, quand j’ai soudainement fini par perdre l’obsession que j’en suis venu à croire que…

On m’avait assuré que le mouvement n’était pas religieux. J’ai pu le constater de moi-même après quelques réunions. On m’a appris que ma cocaïnomanie était une maladie physique, mentale et spirituelle. J’acceptais ça. Que je trouverais sans doute un peu de réconfort dans la prière. Je me suis dit : « Au point où t’es rendu Danic, pourquoi pas... » Mais m’en remettre à Dieu? Vraiment ? « Quand tu as des hémorroïdes que j’ai répondu une fois, vas-tu les confier à Dieu ou à un proctologue ?  Qu’est-ce que tu veux que dieu fasse avec mon problème de coke ? » Je n’avais tout simplement pas compris encore qu’un problème d’hémorroïdes n’est pas un problème de nature mental et spirituel… Je n’avais pas compris non plus qu’il ne s’agissait pas ici de guérison, que Dieu n’allait pas me guérir de ma cocaïnomanie, mais m’en libérer. Qu’en m’abandonnant à un profond changement d’attitude, par la bande mes problèmes disparaîtraient. Je n’étais pas encore assez pauvre intérieurement. J’étais rempli de mes propres raisonnement. Essayez donc pour voir de raisonner avec la raison quand vous l’avez perdu! J’ai dû apprendre à vider ma coupe pour pouvoir la remplir des valeurs spirituelles que vous m’avez montré. Ça n’a pas été soudain. Mais j’en suis venu à croire qu’une puissance supérieure à moi-même pouvait me rendre la raison. Puis le courage m’est venu. Je voyais bien avec le temps que les autres membres me bullshittaient pas. Ils avaient trouvé un moyen de rester abstinent et en plus ils étaient heureux. Au diable si ça à l’air fou de croire. Au diable si ça contredit tout ce en quoi j’ai cru durant toute ma vie. Un jour, et ce fût le jour de ma toute dernière consommation, j’ai compris pourquoi je rebutais sur les 2 premières étapes spirituels du programme. Ce n’était pas parce que j’étais un type rationnel. Mon passé prouvait que je ne l’étais pas. Ce n’était pas parce qu’on m’avait écœuré avec la religion en bas âge. On m’en avait très peu parlé sinon que pour chier dessus. Ce n’était pas en réaction à l’attentat du 11 septembre commis au nom d’Allah, ni des croisades, ni des bûchés du 16e siècle. Non. C’était parce qu’au plus profond de moi, du fond de mes secrets, je m’étais toujours cru indigne de Dieu.

Nous avons décidé de confier notre volonté et nos vies aux soins de Dieu tel que nous le concevions. Nous devenions en-thou-siastes. Nous retrouvons l’en-thou-siasme à quelque chose, le goût à la vie. Nous devenions inspirés. Du grec ancien enthousiasmos qui veut dire avec Dieu… Je n’ai pas pu me rétablir, moi, dans la morosité. J’ai pu commencer à me rétablir véritablement quand j’ai trouvé l’enthousiasme nécessaire. Quand j’ai trouvé un Dieu qui m’accueillait dans toute mon indignité, qui m’aimait d’un amour fou malgré mes crimes, mes mensonges, mes abus de langages ou autres, qui m’aimait éperdument malgré l’horreur de mes pensées les plus basses.

Il n’existe pas de mots pour décrire la paix soudaine que procure cette révélation-là, que Dieu m’aime, quoi que j’aie pu être. J’étais consoler (cum solus, consolari qui veut dire rendre entier). J’étais rompu, fissuré, démanché, tordu, décapité, handicapé et soudainement j’étais entier. J’ai alors été convaincu qu’il fallait faire confiance et chercher à demeurer confiant. J’ai compris là que le programme était parfait pour moi. Grâce à Lui, je pouvais enfin vider ma coupe sans craintes et me débarrasser des déchets que je prenais pour des richesses. La colère en premier. Puis j’ai eu la certitude que je ne reviendrais plus en arrière. Dès que je me suis complètement résigné. Que je pouvais déposer les armes, que mon protecteur s’occuperait de moi…

Il existe autant de chemin d’en venir à croire qu’il y a d’individu. Tout ce que vous avez à faire c’est essayer. Vous trouverez, comme des millions d’autres avant vous. L’amour de Dieu ne se situe pas au niveau du mérite, mais du besoin. Quiconque ne trouve ni secours, ni remède, ni consolation et qui a souffert à un point tel qu’il a dû se tourner vers Dieu a fait sa 1-2-3. Celui-là va inévitablement se remettre en question, interrogera son passé et son avenir. Ses haines disparaîtront comme par enchantement et il se dépassera. La compassion, le pardon et la réparation de ses shits devient alors possible. Les peurs s’estompent peu à peu et il se produit un changement philosophique. Celui qui le vit peut en témoigner sans gêne. Quand l’homme se fait dieu, il divinise sa stupidité. Quand il s’abandonne à lui, il croit. Dans le beau, le bien, le bon.

À l’approche de l’inventaire personnel, parce que nous je n’avais plus peur de la 4ème étape rendu là, avoir un parrain s’est avéré essentiel pour moi. Dieu étant maintenant à mon service, il a mis sur mon chemin un parrain qui marchait dans ses couleurs. Un parrain généreux, calme, courageux, disponible et patient. L’inventaire doit se faire dans la douceur autant que possible. Si on arrive à transformer son passé en joie, on aura bien moins peur de lui. Pourquoi remettre cette étape à plus tard maintenant que vous faites confiance? Vivriez-vous durant des années dans un appartement neuf avec vos anciens déchets ? Les auriez-vous déménagés avec vous ? Vous n’êtes plus seul.

La 4ème étape se trouve à la page 84 du Gros Livre des AA. Mais les fondateurs ont soigneusement pris soin de veiller à ce que chacun trouve la façon de faire qui lui convient le mieux. Éviter la performance et la rigueur cérébrale et ça devrait aller. À part un exemple de liste de ressentiment, rien ne nous dit comment procéder. C’est un texte en prose essentiellement, sans ordre ni méthodologie. Mais il s’agit clairement d’un inventaire plus élaboré qu’un simple examen de conscience. Pourquoi faire l’inventaire? D’abord, on a assez souffert (criss), on en mérite les bienfaits. Et on le fait pour se voir. Regarder. Faire des prises de conscience. On veut changer. Grandir. Croître. Il nous faut alors débloquer ce que nous bloquent. Nos ressentiments, nos entêtements, nos certitudes, nos regrets, craintes, manque d’ouverture. Il ne s’agit pas de nous « garocher » nos cochonneries en pleine face, mais d’examiner les choses qui nous avaient empêcher de croître. Nous ne voulons plus consommer, c’est une question de vie ou de mort. Alors il nous faut changer, plus tôt que tard. Comment espérez-vous changer si vous ne déracinez pas ce qui étouffe le meilleur en vous? Ce ne sont pas vos qualités qui vous pose un problème, mais vos défauts. Dieu vous a déjà pardonné, vous avez retrouvé l’estime et n’avez plus peur. Vous savez que l’inventaire n’a pas pour objectif de vous humilier. Que la coke vous aille rabaisser, je n’en doute pas, mais qu’une des 12 étapes le fasse, ça je ne le conçois pas. Cette étape vous rendra plus vrai lorsque vous en serez à la 7ème. Plus humble lorsque vous demanderez à Dieu de faire disparaître vos défauts. Si vous n’admettez pas être par exemple un colérique, un misogyne ou un gros cochon, si vous ne voyez pas que vous êtes menteur, comment allez-vous vous libérer du mensonge?

On a beaucoup gonflé, ou mis l’emphase sur la 4ème étape au fil du temps. Ne vous faites pas trop d’attente. Il reste 8 autres étapes après. La 4ème étape vous montrera peut-être à quel point vous êtes une machine à orgueil, mais elle ne vous rendra pas plus humble. Toutes les étapes sont un processus. Mais vous avez confiance alors ça va. Quoi qu’il en soit, si vous ne devenez pas conscient de vos défauts, ça s’arrête ici pour vous. Bravo, vous avez trouvé Dieu. Mais l’expérience révèle que vous avez beau être pape, si vous êtes atteint de la même maladie que nous, croire n’est pas suffisant. Il faut passer à l’action. Vous pouvez retrancher 6 ou 7 étapes de notre programme de rétablissement si le cœur vous chante. Je vous souhaite bonne chance. Pour ma part j’ai préféré un programme éprouvé par des millions de malheureux comme moi depuis près d’un siècle.

À supposer que vous vous mettez à la tâche, votre 4ème étape vous servira d’aide-mémoire pour l’étape suivante. Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autres être humain la nature exacte de nos torts. La 4ème étape n’a pas été si terrible. La 5ème ne le sera pas plus. Nous avons fait preuve de courage et oui, il en faut beaucoup pour se rétablir. On a regardé nos craintes, nos ressentiments, nos comportements sexuels, notre enfance, nos crimes, nos insécurités, nos blessures et nos réactions à ces blessures et nous réalisons que nous ne sommes ni parfait, ni des monstres. Nous constatons que tout ici est à échelle humaine. Vous êtes un être blessé et Dieu vous aimes d’autant plus. Vous commencez à vous laissez aimé. Vous décrispez un peu… Vient le temps de se dire.

Se confier, se dire, avoir un confident. Personne je l’espère ne remettra en question la valeur thérapeutique de cela. Et je le réaffirme, aucune étape n’a pour but de vous rabaisser. Que vous cachiez ou non une partie de votre histoire ne change en rien à ce que vous êtes vraiment. Mais si vous avez travaillez jusqu’ici en amitié avec Dieu et votre parrain, l’orgueil ne devrait plus trop entraver votre chemin. « Ah oui mais moi c’est différent. J’ai fait ci, j’ai fait ça… Je peux pas dire ça c’est trop grave c’est trop laid! » Orgueil. C’est de l’orgueil. Chill out. Relax! Tes horreurs sont vraiment très loin d’être au centre du mouvement des galaxies.

Normalement on fait sa 5ème avec son parrain, mais ce n’est pas obligé. Rien dans le Gros Livre de clair là-dessus. Mais pourquoi le faire au juste ? Pourquoi avec un autre être humain ? Dieu d’accord, il n’est pas menaçant et vous aimes comme un fils, mais un humain ? D’abord, pour dédramatiser. Dire que quelque chose ne peut pas se dire et que c’est épouvantable demeure épouvantable en vous. C’est lourd. Se dire, c’est le contraire de refouler. Et refouler, c’est un luxe que peuvent pas se payer le coconomanes… Et vous savez, je comprends que vous soyez des êtres effarouchés par la vie qui ont peut-être été trompés toute leur vie mais croyez-moi, il y a autour de vous des gens au cœur sensible et bons qui ont beaucoup souffert et qui portant le poids de leur propre vie et leurs propres défauts sont devenus capables de porter les vôtres dans la tendresse et la compréhension. Il va falloir te laissez apprivoiser si tu veux ton os. Ça serait fou de s’en priver asteure que ta cage est ouverte hein? C’est aussi pour rencontrer un peu de la tendresse de Dieu sur terre que nous le faisons. Mais surtout, ne l’oubliez pas, ce sont des êtres humains que nous avons blessés. C’est vers un autre être humain qu’il faut aller. Demandez à Dieu de vous guider et il est fort à parier que vous verrez son visage à travers l’écoute fraternelle, amicale et attentive de votre confident.

Personne n’est fou de joie à l’idée de faire ça. Mais vous êtes prêt à tout pour ne plus retourner dans les ténèbres de votre consommation obsessionnelle. Vous serez soulagé, enchanté d’être débarrassé de toute cette affaire. Vous n’êtes pas mort, personne n’est parti en courant, vous réalisez que vos erreurs sont à échelle humaine et non interstellaire. Bon! Vous courrez tête perdue vers la 6ème et 7ème étape.

Nous avons reconnu nos défauts de caractère et avons pleinement consenti à ce que dieu les éliminât. Nous lui avons humblement demandé de faire disparaître nos déficiences. Exactement comme pour notre cocaïnomanie, nous ne pouvons pas agir sur nos défauts de caractère. Si c’était le cas, on n’en serait pas réduit à demander à dieu de les éliminer hein ? Fais longtemps qu’on aurait régler ça. Nous en sommes absolument incapables. Je regrette un peu que le mot déficience ait été retiré des étapes au profit du mot défaut parce que déficiences signifie ce dont nous sommes dépourvus. La chose se situe à un niveau très profond. Alors ou bien c’est dieu qui nous transformera, ou bien se sera nous. Si vous choisissez la 2ème option, je vous recommande de jeter un œil à nouveau sur votre 4ème. Peut-être avez-vous un petit peu trop de fierté? Il faut consentir à ce que Dieu élimine, nous délivre de nos défauts de caractère, defects of character, ce qui est défectueux en nous. Souvenez-vous tout ce que vous avez essayé pour venir à bout de votre dépendance. Juste les vendredis, juste le soir, juste quand votre femme n’est pas là, juste quand le Canadien gagne, etc. Tu ne gagneras pas plus la bataille contre tes déficiences que celle contre la coke. Rappelez-vous l’angoisse et le désespoir de cette lutte-là. Au fond de l’abîme, nous en sommes venus à croire que Dieu seul pouvait nous aider. Et bien c’est ici le moment de se laisser aider. Nous avons consenti à faire des réunions, à prier, à servir, à s’examiner et nous avons perdu l’obsession. Pourquoi douter de la suite?

Voyez-vous, nous possédons tous le minimum du contraire de nos défauts et qualités. Nous ne sommes pas qu’orgueil, colère, jalousie, mensonges… Nous sommes aussi bonté, douceur, générosité. Et il est impossible de travailler une déficience comme il est impossible de travailler un feu de forêt, il vaut mieux aller chercher son contraire. Au lieu de combattre la colère, développer ce qui manque à la colère; la douceur. Pour mettre en pratique je ne ferai pas de colère, il faut attendre d’être en colère alors que vivre la douceur ne se situe pas au niveau d’une confrontation. Vous m’avez appris vivre à travers ce que j’avais de meilleur en moi et a laissez à Dieu le soin du mauvais. Jusque-là, Dieu m’avait pas déçu. Consentons à nous laisser aimer sans chichi et acceptons que Dieu raffole de nous tels que nous sommes, pauvre et dépourvu. C’est ça l’humilité. Mais il ne suffit pas de rester planté là. La connaissance de soi n’est d’aucune utilité pour arrêter de consommer, mais elle est essentielle pour la croissance spirituelle. En psychologie on examinerait la blessure (ex. humiliation), l’émotion qu’elle génère (ex. colère) et s’il y a lieu le défaut de caractère qui s’y rattache (ex. l’agressivité). Mais on n’est pas beaucoup plus avancé. Confier nos défauts à Dieu créer l’espace nécessaire pour que « l’agir » ne sombre pas dans la volonté de puissance qui, inévitablement, fera appel à nos défauts. Vengeance, mensonge, manipuler, punir… Utilisez les slogans. Ils sont très efficaces lorsqu’on est blessé.

Ne craignez pas d’être libéré de ce dont vous êtes dépourvus, de vos déficiences, de vos défauts de caractère. Ce n’est pas souffrant. Avez-vous souffert de ne pas avoir consommé aujourd’hui ? Pourtant à l’époque vous pensiez que vous en mourriez. C’est pareil. Consentez pleinement. Page 96 du Gros Livre : « Si nous sommes encore attachés à quelque chose que nous ne voulons pas abandonner, nous demandons à Dieu de le vouloir. » Allez-y doucement, mais allez-y. Dieu est content de vous, quoi que vous soyez. N’attendez pas d’être parfait pour vous accepter. On ne devient pas meilleur avec l’idée que Dieu nous aimera plus, mais au contraire parce que nous sommes déjà aimés. Pensez à un enfant. Deviendra-t-il meilleur dans la vie en s’efforçant de plaire en devenant ce qu’il n’est pas ou deviendra-t-il meilleur dans la vie en étant aimé dès le départ, quoi qu’il soit ou qu’il fasse, selon vous?

Nous avons ensuite dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées, c’est-à-dire à qui on a causé des torts réels, avons consenti à réparer ces torts et nous l’avons fait. Dédommager, compenser, réparer. On parle ici de torts réels, d’inquiétudes graves, de chagrins profonds, qui ont laissé des traces. La majorité du temps causés par la colère, la jalousie, la peur. On parle de calomnie, de coups et blessures, de menaces, d’abus, de fraudes, bouderie interminable, moqueries, insinuations, mépris, injures, etc. Dieu ne nous tient pas en arrière dans les reproches et nous accompagne là-dedans. Il nous appelle à devenir meilleurs. Nous ignorions souvent les valeurs vraies. Ou nous les oubliions. Dans notre consommation, comment aurait-il pu en être autrement ?

Pourquoi réparer ? Pour se punir ? S’humilier ? Non! Pour croître, encore. Pour devenir des hommes debout. Pour ne plus être victime de notre ancienne manière de vivre. (Exemple de la voiture endommagé et du respect pour celui qui laisse une note dans le pare-brise). Nous ne voulons plus vivre comme des tapis ou des bandits. Et non, ne plus consommer aujourd’hui n’est pas une amende honorable en soi. Foutaise. Ne pas consommer est le moins que l’on puisse faire pour nous. Le reste du monde n’a pas à en avoir le souffle coupé. Même si on se croit exempt de présenter des excuses, les torts causés ne sont pas pour autant réparés.

Souvent, nous avons causés de torts réels à des gens qui nous en avait fait plus encore. Dans ce cas nous nous en tenons aux nôtres. Nous ne reculons plus devant rien. Vous serez surpris de voir combien même les gens les plus fermé parfois seront profondément touché par votre démarche et votre sincérité. Si quelqu’un refuse de nous voir, nous n’y pouvons rien, le dossier est clos. Si nous devons de l’argent, nous prenons des arrangements. La plupart d’entre vous connaissez bien, voir par cœur les 12 promesses. Et bien il s’agit en fait des promesses de la 9ème étape. Ces promesses se réaliserons si vous faites face à la situation. Il ne suffit pas de les lire et d’attendre qu’elles se réalisent. Je vous laisse dessus, et ça dit comme suit :

Si nous sommes sérieux et appliqués dans les efforts que demande cette phase de notre évolution (la 9ème étape), nous serons étonnés des résultats, même après n’avoir parcouru que la moitié du chemin.
Nous connaîtrons une nouvelle liberté et un nouveau bonheur.
Nous ne regretterons pas plus le passé que nous ne voudrons l’oublier.
Nous comprendrons le sens du mot sérénité et nous connaîtrons la paix.
Si profonde qu’ait été notre déchéance, nous verrons comment notre expérience peut profiter aux autres.
Nous perdrons le sentiment d’être inutiles et cesserons de nous apitoyer sur notre sort.
Mettant nos propres intérêts de côté, nous nous intéresserons davantage à nos semblables.
Nous ne serons plus tournés exclusivement vers nous-mêmes.
Désormais nous envisagerons la vie d’une façon différente.
La crainte des gens et de l’insécurité financière disparaîtra.
Notre intuition nous dictera notre conduite dans des situations qui, auparavant, nous déroutaient.
Soudain, nous constaterons que Dieu fait pour nous ce que nous ne pouvions pas faire pour nous-mêmes.

Danic Champoux

Cinéaste

Formé par l’émission populaire Course destination monde à la fin des années 1990, Danic Champoux multiplie depuis les projets au cinéma (Séances, Autoportrait sans moi) et à la télévision (Mon amour, ma prison). Marqué par l’héritage du cinéma-vérité, et notamment par l’œuvre du documentariste Pierre Perrault, il coréalise avec Nadine Beaudet La fille du cratère, sur le parcours d’un couple mythique qui a changé l’histoire du cinéma québécois.